Exercices de Style

BOTANIQUE
Après avoir fait le poireau sous un tournesol merveilleusement épanoui, je me greffai sur une citrouille en route vers le champ Perret. Là, je déterre une courge dont la tige était montée en graine et le citron surmonté d'une capsule entourée d'une liane. Ce cornichon se met à enguirlander un navet qui piétinait ses plates-bandes et lui écrasait les oignons. Mais des dattes! fuyant une récolte de châtaignes et de marrons, il alla se planter en terrain vierge.

Plus tard je le revis devant la Serre des Banlieusards. Il envisageait une bouture de pois chiche en haut de sa corolle.

PAYSAN
J’avions pas de ptits bouts de papiers avec un numéro dssus, mais jsommes tout dmême monté dans steu carriole. Une fois que j’my trouvons sus steu plattforme de steu carriole qui z’appellent comm’ça eux zautres un autobus, jeum’sentons tout serré, tout gueurdi et tout racornissou. Enfin après qu’j’euyons paillé, je j’tons un coup d’œil tout alentour de nott peursonne et qu’est-ceu queu jeu voyons-ti pas ? un grand flandrin avec un d’ces cous et un d’ces couv-la-tête pas ordinaires. Le cou, l’était trop long. L’chapiau, l’avait dla tresse autour, dame oui. Et pis, tout à coup, le voilà-ti pas qui s’met en colère ? Il a dit des paroles de la plus grande méchanceté à un pauv’ meussieu qu’en pouvait mais et pis après ça l’est allé s’asseoir, le grand flandrin.
Raymond Queneau, 1938